IMAG6851 copie
Paru le 27 octobre 2011
(© 2011 Doumtak / Harmonia Mundi)

 

 

itunes

amazon-mp3-41

Amazon-2logo Fnac_188_ static1.squarespace

 

"Partage" Musique andalouse au temps des Omeyyades

Le Mouwash’shah; poème arabo-andalou du IXe siècle, est contemporain des chants de troubadours et de trouvères de l’occident médiéval dont il partage la délicatesse et les thèmes. Appartenant à la musique classique arabe, il reste toujours vivant au Moyen-Orient. Michèle Claude a sélectionné treize de ces mélodies qu’elle a harmonisées en mélangeant les basses obstinées (ou grounds) du XVIIe siècle aux accords modernes du XXe siècle. Elle les a orchestrées tout en laissant place à l’improvisation, à la manière des musiciens de tradition orale grâce à qui cette musique a survécu. Tous les musiciens choisis de l'ensemble sont de formation classique, ils évoluent dans différents horizons musicaux (médiéval, baroque, contemporain, tzigane, cubain, jazz...) et jouent sur instruments anciens. La musique devient ... méditerranéenne et intemporelle.

Michèle Claude
Percussionniste de Jordi Savall, le Poème Harmonique, l’Arpegiatta, Philippe Jaroussky... elle a joué dans les grands orchestres baroques (Arts Florissants, Musiciens du Louvre, Mosaïques, la Grande Ecurie…) en Musique du Monde (Abed Azrié France/Syrie, Tokiko Kato Japon, Khaled Algérie…), ainsi qu’en musique contemporaine (commandes, créations), musique classique iranienne, jazz, variété ou chansons pour enfants (Enfance & Musique), des formations et styles divers pour lesquels elle a enregistré plus d’une soixantaine de disques. Compositeur, elle écrit des musiques pour le théâtre (dont plusieurs commandes pour le festival d’Avignon), la danse, son quartet de jazz, des orchestres mixtes (mélange classique-musiques actuelles), et des pièces (essentiellement pédagogiques) de musique contemporaine. C’est avec les musiciens de son ensemble « Aromates » qu’elle développe actuellement une musique entre tradition et création, écriture et improvisation, Orient et Occident, jouée sur instruments anciens et modernes, créant ainsi une musique méditerranéenne intemporelle.

Programme
Ensemble AROMATES
Direction Michèle Claude

1 . Ouverture Nawa Athar / Semaï Nawa Athar 7'46
2 . Jardin de myrtes / Mouwash’shah Zârani’l Mahboûb 4'45
3 . Démarche voluptueuse / Mouwash’shah Ya Mayila Aal-Ghoussoûn
Esprit d’une gazelle / Mouash’shah Ahwa’l Ghazâl Ar’rabrabi 9'17
4 . Taille de rameau / Mouwash’shah Ya Qawâma’l Bân 5'01
5 . Une nuit si longue / Mouwash’shah Tâla Oumrou’l Layli Îndi 4'45
6 . Vent de Grenade / Mouwash’shah Nassïmou Ghournâta Alîl 5'40
7 . Epée tranchante / Mouwash’shah Sal’la fîna Al’lah’za Hindiya 10'58
8 . Chaconne pour une gazelle / Mouwash’shah Yâ Râ’ïz’zibâ 4'28
9 . Alcool / Ay'yous'sâqi Ilayka'lmoushtaka 4'24
10 . Tes yeux noirs / Mouwash’shah Yâ Kahîla’l Ayni Aj’jel 6'49
11 . Ivresse / Mouwash’shah Yâ Shâdil’Alhân 4'01

ENSEMBLE AROMATES - MICHÈLE CLAUDE, “Partage”, Doumtak/Distrib. Harmonia Mundi
Voilà un disque rare, double album cd et dvd enregistré en live lors d’un concert donné par l’ensemble Aromates, que dirige la percussionniste Michèle Claude, à l’Institut du Monde Arabe en mars 2011.
Michèle Claude est une musicienne qui aime toutes les musiques, des plus anciennes aux plus contemporaines, et sur son myspace, elle indique que ses influences musicales sont: “Peter Gabriel, Mozart, Bill Evans, Jordi Savall, Bela Bartok, Beatles, JS Bach, Yes, Miles Davis, Cesaria Evora, Jethro Tull”, entre autres...

Connue dans les milieux de la musique ancienne et baroque, Michèle Claude est notamment la percussioniste de Jordi Savall, et collabore à des orchestres baroques célèbres tels les Arts Florissants ou les Musiciens du Louvre. Elle a également créé son propre quartet de jazz (les percusionnistes aiment le rythme!) et se produit dans des ensembles de musique contemporaine. Elle compose également des musiques pour la scène, et pour les enfants.

Il y a quelques années, elle créait l’ensemble Aromates, composé de musiciens qui jouent des instruments anciens essentiellement, pour revisiter le patrimoine des musiques andalouses. Les deux précédents disques d’Aromates, “Jardin des Myrtes” et “Rayon de lune”, parus en 2005 et 2007 (chez Alpha), avaient été “Coup de coeur” de la Fnac...

“Partage”, qui reçoit déjà les éloges de la presse musicale classique, nous a enthousiasmé. Les thèmes de l’album sont des compositions andalouses médiévales classiques, poèmes chantés appelés “mouwashahat” (“mouwashah” au singulier), qui sont joués depuis des siècles par les musiciens arabes, et qui continuent à faire l’objet d’albums de la part d’artistes, depuis l’Algérie jusqu’en Irak... Ainsi, vous reconnaîtrez peut-être le thème “Ay youhassaqi ilayka moushtaka”, rebaptisé “Alcool”, ou le mouwashah “Ya shadil Alhan”, renommé “Ivresse”. Tous ces airs étaient “savants” à l’origine, musique classique de l’époque, et sont devenus populaires de la même façon qu’aujourd’hui à peu près tout le monde en Europe reconnaît “Les quatre saisons” de Vivaldi parce qu’elles sont toujours jouées, bien que datant de plusieurs siècles...

Nulle voix ici, c’est une version instrumentale de ces thèmes que proposent les musiciens d’Aromates, jouant sur des instruments tels que le colascione (petit luth à long manche, joué en Italie du Sud aux XVI° et XVII° siècles); le psaltérion (cithare apparue au XII° siècle, que l’on jouait verticalement, en la tenant sur soi comme une guitare, et qui servait à accompagner les psaumes - d’où son nom); ou encore l’épinette (variété du clavecin, instrument apparu au XIV° siècle et qui est un développement de la cithare); et autres viole à archet ou organetto...

Dès le titre d’ouverture, la proximité culturelle entre l’Europe médiévale du Sud, sous domination arabe à l’époque, et l’Orient, s’entend à l’oreille: ces rythmes et mélodies, sont-ils médiévaux ou orientaux? Et quelques facétieux violons égyptiens (instrument introduit dans les orchestres en Egypte au XIX°!) viennent rythmer insolemment, comme dans une comédie musicale cairote des années 40, ces rythmes lents qui pourraient être ceux de pélerins chrétiens marchant sur les chemins de Compostelle, haut-lieu de pélerinage chrétien qui était alors en pleine Espagne musulmane...

Toutes les compositions introduisent ainsi des clins d’oeil à des musiques qui ont un lien de parenté avec ces thèmes andalous: ainsi la “Chaconne pour une gazelle” accueille un mélancolique violon tsigane, or les tsiganes d’Europe de l’Est sont les petits-enfants des gitans du Rajasthan, qui émigrèrent en Europe en passant par le Nord ou le Sud de la Méditerranée, jusqu’en Espagne.

Le dvd a l’immense avantage de nous montrer ce que l’on ne peut voir en concert: des gros plans sur les jeux de mains des musiciens. L’extraordinaire vélocité des mains de Michèle Claude sur ses diverses percussions, leur manière de voler comme si elles étaient de légères plumes d’oiseau vibrant sous le vent, cela il faut être dans les tout premiers rangs d’une salle de concert pour le voir...

De très beaux solos de flûte également, sous les doigts d’Isabelle Duval, et de violon, avec Jean-Baptiste Frugier, qui chacun se laisse parfois aller à des improvisations un peu jazzy tout à fait bienvenues (dans “Tes yeux noirs” par exemple).

Au total les musiciens apportent, avec leurs innovations, une touche de piment, ou d’”aromates”, tout à fait dans l’esprit de la musique andalouse classique qui laissait une large place à l’improvisation, c’est-à-dire à la sensibilité de chaque interprète. Un album qui rafraîchit et rajeunit un corpus musical qui appartient, nous dit ainsi Michèle Claude, autant à l’Orient, qui le cultive depuis des siècles, qu’à l’Europe, où il est né, et qui l’avait longtemps oublié...